Toji Cultural Center – 21/07/2015  (Wonju-si, Corée du Sud)

I alone green

I alone green
followed twilight to find refuge
there in Dangu-Dong, Wonju
I open the window to breathe in wintry winds
and feel all my internals organs
gushing out trough the throat
where should I go
valleys after valleys
not even a single tree allows me to take a rest
I look around everywhere between, heaven and earth
to find no place to rest myself
that’s why I stand here with my feet
buried in the sand of lies

Pak Kyongni


Lorsque je suis arrivée à Toji, j’ai été d’emblée touchée par la beauté et la sérénité du lieu. Et j’ai compris pourquoi Pak Kyongni avait choisi ce lieu pour s’installer. Parfois ce sont les lieux qui nous choisissent…J’ai été fascinée par la lumière particulière de Toji, la végétation environnante, gigantesque nid végétal, à la fois accueillant et dense, ce vert éblouissant et intense des rizières à la tombée du jour, ce vert foncé et soutenu de la forêt omniprésente. Puis, il y a eu la visite de la maison de Pak Kyongni à Wonju et la découverte de ce poème qui a retenu toute mon attention et particulièrement les trois premiers vers :  I alone green…

Je m’en suis saisie et j’ai décidé d’en faire le fil directeur de mon travail de résidence. Ce poème que l’on pourrait qualifier de mélancolique, nous parle de solitude. Solitude que j’ai pu ressentir à certains moments, solitude face cette nature immense, dans laquelle je me suis réfugiée mais aussi perdue. La nature m’a souvent permis de trouver un semblant de place dans le monde.

I alone green et ce fut une quête pour dire les entrelacs de la végétation luxuriante et tout particulièrement de ces lianes que l’on trouve partout ici. Pour raconter cette lumière propre à l’Asie entre le orange et le rose, pour donner à voir le vert des rizières, le vert des pins aux troncs flamboyants. Plus j’avançais dans cette quête plus je me retrouvais seule avec moi-même.
Comment raconter le pays-age sans risquer de se tromper, de se fourvoyer et peut-être d’échouer ?
Je me suis donc attachée aux lignes, j’ai forcé mon regard à saisir l’essentiel, le presque rien, l’essence de l’ombre. Retranscrire la ligne, les pleins, les vides, et découvrir que l’apparent désordre dit l’harmonie.

J’ai accepté les caprices du soleil et du vent, en reportant sur ma toile, les ombres portées des arbres situés à côté de l’atelier, ombres qui ressemblent à des calligraphies. Ma main a suivi les lignes sur le sol et tracé des signes, qui ont servi de support à la peinture.
Entre le dehors et le dedans, le ce qui est vu, ce qui est ressenti, c’est un peu l’esprit du lieu que j’ai tenté de saisir…