ESPACE ARAGON – 10/02 au 26/03 2017 (Villard-Bonnot 38)

J’avais pour habitude de me rendre fréquemment au bord d’un étang. A partir de 2010, j’ai commencé à prendre des photos de façon régulière. Mon regard s’est attardé sur ce que je voyais dans l’eau et sous l’eau. Le détail, l’infime révélant pour moi l’intime du lieu, l’esprit du lieu : les reflets, les arbres, les roseaux. J’ai voulu saisir ce qui se passait à fleur d’eau, à fleur de sol. Et plus je regardais, plus je trouvais à voir. Existant depuis plusieurs siècles, l’étang me semblait le signe parfait de la permanence des choses.

En janvier 2014, l’étang a été asséché et à partir de là, j’ai ressenti la nécessité de retranscrire l’étang, de dire ce qu’il avait été, autrement dit d’en restituer la mémoire.

Cela a d’abord commencé par les dessins, calligraphie végétale où le trait mène vers l’abstraction. Puis la peinture : couches après couches, comme un palimpseste inversé, le temps s’exprime par accumulation de souvenirs, d’émotions et de sensations.

Plus j’avançais dans ce projet, plus j’éprouvais le besoin d’aller radicalement (au sens étymologique du terme) au cœur de l’étang, aux racines. J’ai mis un certain temps à revenir sur les lieux, à essayer de retrouver ce qu’il avait été, de reconnaitre certains endroits où mon regard s’était posé. L’étang était devenu un autre lieu, abandonné des eaux, mais il était toujours là, d’une certaine façon !
Marcher dans l’étang là où l’eau se trouvait fut une expérience assez étonnante. C’était comme découvrir les dessous du lieu jusqu’à l’apparition de ces étranges radicelles et de cette terre noire et fertile…