Alter Art- 12/09 au 30/09 2018 (Grenoble)

(…) entre les diverses parties de mon lieu d’herbes, il y a des liens innombrables et très serrés, de l’unité qui les garde ensemble ou, plutôt même, qui monte de partout en elles comme le tremblé d’un air chaud, comme une intensité effaçant toute chose visible tout ce qui n’est pas sa pure, son immédiate identité à soi-même.
Et moi-même je suis part de cette unité, je la ressens en moi, je sais que grâce à elle je suis ; et que je suis là même où je dois être. Ces deux murs, ces herbes, ces roches devant le ciel, ce n’est absolument pas une image; en ces moments en tout cas c’est pour moi une réalité, la réalité. Je suis dans le pays qui est le mien.                                                             Yves Bonnefoy, Le lieu d’herbes

Quel que soit le médium employé, mon travail est à considérer comme un instantané au sens photographique du terme ; une superposition d’instants révélés, qui sont constitués à la fois d’instantanés de la mémoire et d’instantanés du réel. Je mets alors en œuvre un processus dans
lequel il s’agit de faire trace : ressentir ce qui a été et faire surgir ce qui n’est plus. Empreintes, traits, lignes et graphies se matérialisent pour devenir motifs qui se répètent, se poursuivent, s’emboitent, font lien et sens en se nourrissant du précédent. Chaque intervention entre en résonance, se fait écho et strate dans le même temps. Archive intime et révélation tout à la fois de ce qui fut, et désormais de ce qui est.
Pleins, vides, radicalité du geste, radicalité du trait, parvenir au presque rien. Pousser le trait dans son abstraction et ne garder que la ligne, le motif au sens musical du terme. Être dans le geste racine.
La ligne tissée quant à elle, procède d’un geste du dessin qui s’apparenterait à celui de la broderie. La ligne devient fil dans un aller-retour entre ce qui est au-dessus et ce qui est au-dessous. Le geste n’est jamais suspendu, la trame du dessin s’incarne dans cet enchevêtrements de traits comme pour
constituer une étoffe précieuse. Archive intime et révélation tout à la fois de ce qui fut et désormais, de ce qui est.