Lieu d’herbe

Alter Art, septembre 2018 (Grenoble)

(…) entre les diverses parties de mon lieu d’herbes, il y a des liens innombrables et très serrés, de l’unité qui les garde ensemble ou, plutôt même, qui monte de partout en elles comme le tremblé d’un air chaud, comme une intensité effaçant toute chose visible tout ce qui n’est pas sa pure, son immédiate identité à soi-même.
Et moi-même je suis part de cette unité, je la ressens en moi, je sais que grâce à elle je suis ; et que je suis là même où je dois être. Ces deux murs, ces herbes, ces roches devant le ciel, ce n’est absolument pas une image; en ces moments en tout cas c’est pour moi une réalité, la réalité. Je suis dans le pays qui est le mien.

Yves Bonnefoy, Le lieu d’herbes

(…) between the various parts of my place of grass, there are innumerable and very close links, of the unity that keeps them together or, rather, that rises from everywhere in them like the trembling of a hot air, like an intensity erasing everything visible, everything that is not its pure, its immediate identity to oneself.
And I myself am part of this unity, I feel it within me, I know that thanks to it I am; and that I am where I should be. These two walls, these grasses, these rocks in front of the sky, are absolutely not an image; in these moments, in any case, they are for me a reality, reality. I am in the country that is mine.

Yves Bonnefoy, Le lieu d’herbes