Démarche

Le visible est un battement dans lequel le temps a eu lieu.

Jean-Christophe Bailly

Il faudrait d’abord évoquer le travail de saisissement, de captation et de collecte auquel mon œil se livre en arpentant le Monde pour n’en retenir que ce qui fut : l’éphémère, l’infime et le presque rien.  Parce que c’est dans cet interstice plus qu’ailleurs que se raconte sa fragilité.  L’image dans son immédiateté s’inscrit sur la surface sensible de la rétine. L’image, présence, devient absence. Elle compose les strates de la mémoire pour constituer l’humus de ce qui un jour adviendra et s’incarnera. Commence alors le travail de ressouvenance.

Quel que soit le médium employé, mon travail est à considérer comme un instantané au sens photographique du terme : une superposition d’instants révélés, qui sont constitués à la fois d’instantanés de la mémoire et d’instantanés du réel. Je mets alors en œuvre un processus dans lequel il s’agit de faire trace : ressentir ce qui a été et faire surgir ce qui n’est plus. Empreintes, traits, lignes et graphies se matérialisent pour devenir motifs qui se répètent, se poursuivent, s’emboitent, font lien et sens en se nourrissant du précédent. Chaque intervention entre en résonance, se fait écho et strate dans le même temps ; archive intime et révélation tout à la fois, de ce qui fut.

Dans l’acte de recouvrir la surface, quelle qu’elle soit, il y a la volonté de dévoiler. Chaque geste accompli obéit à un rituel : frotter, essuyer, gratter, scarifier, griffer, imprimer, déposer, recouvrir, tisser, accumuler, mélanger, recommencer. Faire exister la trace  / retrouver la trace, la substance même du Monde. Faire et refaire pour mieux saisir.  Geste racine.

Dans chaque nouvelle image se superpose l’aura de la précédente et le germe de la suivante. Elles sont, non pas, pour reprendre les mots de Maldiney, des images de rappel mais d’appel, qui nous délient des évidences familières du bien connu et qui nous emportent au loin dans l’inconnu d’un autre Ouvert [1]. Elles constituent un regard sur le monde. Elles sont intimement liées à la vie.

Mon travail pourrait donner l’impression d’une approche paysagère. Pourtant, il n’est pas paysagiste. Et il n’est que partiellement abstrait. Il se situe dans “cet écart “, entre ce que l’on a cru discerner et ce qui pourrait être, un peu comme lorsque l’on plisse les yeux pour mieux cerner les contours de ce que l’on regarde. Le regard ici, devient simplement le sens par lequel l’observateur regarde en lui-même. Il s’agit d’une approche avant tout allusive qui consiste à amener à un “dé-paysement” car ce qui est là sous nos yeux, n’est pas ce qui est, mais ce qui demande de s’attarder. Ces nouvelles images données à voir, animent et s’animent par l’intelligence rusée [2] qu’elles suscitent. Elles doivent conduire le complice de l’œuvre, celui qui la regarde, à mobiliser sa mémoire, et la mémoire de ses émotions, plus sûrement que son regard. A la fois réflexives et sensorielles, elles exigent un lâcher prise du regardeur qui s’y plonge. Il lui est demandé d’aller du côté du non frayé [3], d’effectuer à son tour un “déplacement”.

Ainsi, mon travail  aspire à retrouver cette liberté fondamentale qui consiste en la réappropriation du regard sur ce qui nous entoure et que nous ne voyons plus. L’image perçue devient alors une transposition sensible [4], qui autorise le regardeur  à se laisser emplir de ses émotions, véritables liens d’intimité aux choses et au Monde.

Anne-Laure H-Blanc
Janvier 2018

[1] H. Maldiney, Image et art, L’art, l’éclair de l’être, 1993
[2] Détienne M. et Vernant J.P., Les ruses de l’intelligence. La mètis des grecs1993
[3] M. Heidegger, Les chemins qui ne mènent nulle part1993
[4] H. Maldiney,  Image et art, L’art, l’éclair de l’être, 1993

J'ai souvent éprouvé un sentiment d'inquiétude, à des carrefours. Il me semble dans ces moments qu'en ce lieu ou presque : là, à deux pas sur la voie que je n'ai pas prise et dont déjà je m'éloigne, oui, c'est là que s'ouvrait un pays d'essence plus haute, où j'aurais pu aller vivre et que désormais j'ai perdu.

Yves Bonnefoy - L'Arrière-Pays

Lieu d'herbe2018

Exposition personnelle, Alter Art,  Grenoble (38)

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Fibrilles2018

Exposition collective, WAC,  Dieulefit (26)

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Puls'art2017

Exposition collective, Puls’art, Le Mans (72)

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L'esprit du lieu2017

Exposition personnelle, Espace Aragon, Villard Bonnot (38)

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Interstices 독야청청2016

Exposition personnelle, Galerie du Tournant, Saint Alban de Montbel (73)

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La sève du feuillage ne s'élucide qu'au secret des racines2016

Exposition collective, Galerie Lionelle Courbet, Paris (75007)

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I alone green2015

Exposition personnelle de fin de résidence, Toji Cultural Center, Wonju-Si, Corée du Sud

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L'arrière pays2015

Exposition duo,  Galerie Arte Nostrum, Dieulefit (26)

Du versant de l'ombre2014

Exposition personnelle,  Galerie Imagineo,  Paris (75012)

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Dreams & water2014

Exposition collective, Centre culturel Le Belvédère,  Saint Martin d’Uriage (38)

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